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Horloge publique: définition de l'Art Urbain

« Les anciens ne possédaient pas, il est vrai, la commodité de l'horloge sonnante ni même de l'horloge muette ; mais ils suppléaient, autant qu'ils le pouvaient, à nos machines d'acier et de cuivre par des machines vivantes, par des esclaves chargés de crier l'heure d'après la clepsydre et le cadran solaire [...]. »

Nerval, Les filles du feu

« L'horloge du palais vint à frapper onze heures. »
Régnier, Satires, VIII

L'horloge qui orne le minaret de Jamaa Jdid (époque ottomane)
est un rajout colonial pour occidentaliser le visage de la ville d'Alger.
Horloge publique: Instrument servant à mesurer le temps. Du latin horologium, adaptation du grec hôrologion, « instrument qui dit l´heure », formé de hôra, « heure », et de légeïn, « dire » : est appliqué à tout système mesurant l'écoulement du temps.

Appareil de grande dimension situé dans les lieux publics pour indiquer l´heure. Il est muni d'un cadran et généralement d'une sonnerie marquant les heures.

Les courses du Soleil et de la Lune ainsi que le rythme des saisons sont très vite apparus à l'Homme comme réguliers ; naturellement la division en jours, mois et années s'est imposée. La création du calendrier (1) a favorisé la mise en œuvre de projets communs tels que les semailles ou les livraisons de marchandises entre communautés. À l'origine, c'est l'observation du Soleil et des astres qui permettait de connaître l'heure. Le monument mégalithique de Stonehenge (2) en Angleterre, datant de deux mille ans avant J.-C., en est le premier exemple. Il prévoit, par un alignement de pierres disposées en cercles concentriques, la position du Soleil et de la Lune aux levers et couchers durant le cours de l'année. À la même époque, les obélisques qui apparaissent en Égypte sont d'immenses stylets de cadrans solaires. À Rome, l'obélisque de la place Montecitorio permet encore actuellement de déterminer l'heure et la saison grâce à la direction et la longueur de son ombre projetée sur le sol, comme le montre le schéma (3). Par la suite, les cadrans solaires seront fréquemment utilisés sur les façades (4).

Au Moyen Âge, la construction d'une mécanique innovante indiquant l'heure à l'aide d'un cadran à aiguilles rendra possible cette information de jour comme de nuit. Les premières horloges à être installées dans les tours des châteaux datent du XIIIe siècle en Angleterre et en Italie. La toute première dont nous ayons des traces est celle du palais de Westminster en 1290 (5). On recense également celle du Palazzo Vecchio à Florence (1353), la tour de l'Hôtel-de-ville à Prague (1354) (6) et celle de la tour de l'Horloge de la place Saint-Marc à Venise, célèbre pour son cadran astronomique (7). En France, celle du Palais de Justice de Paris (1371) (8), celle de la rue du Gros-Horloge de Rouen (12) (1389) et celle du château de Lussan (9) (1415). En 1336 à Milan, l'installation d'une horloge sonnant les heures sans cadran sur le clocher de San Gottardo est, à l'époque, une nouveauté technique sensationnelle. 

Ces premières horloges situées dans le contexte de la vie urbaine et municipale sont de surcroît une innovation sociale, qui se fait par le biais de deux activités importantes : la vie religieuse et les activités agricoles (plus tard industrielles). L'influence des chapitres et des monastères fortunés est très sensible dans la diffusion des horloges publiques jusqu'à la Renaissance. Avant la communauté politique, ce sont souvent eux qui se chargent de leur installation. Cela vaut en France pour les cathédrales de Reims, Chartres et Tours. Par la suite, les communes sont à l'origine des achats d'horloges publiques disposées au cœur des cités ou dans les beffrois situés aux portes des villes (10/11). Très vite les horloges deviennent un attribut urbain composant majeur du décor de la cité. La vie dans la ville s'identifie à la vie régulée par l'horloge. La concurrence pour le prestige incite une ville à acquérir une horloge publique parce que d'autres en possèdent déjà. La dépense faite pour acquérir une horloge exprime aussi le rang hiérarchique de la ville par rapport à la capitale ou aux villes voisines de la région.

Avec l'avènement de l'ère industrielle, on assiste à un développement des implantations d'horloges publiques. À partir de 1881 en France débute l'installation de l'ensemble des horloges disposées sur les édifices publics : gares (13), écoles, théâtres municipaux, etc. La vie dans la cité et les activités commerciales vont au rythme de celles-ci. L'horloge s'industrialise et constitue le symbole du développement économique. Elle apparaît également isolément dans l'espace public, dans les marchés, les parcs, les places publiques (14), les carrefours (15), etc.

De nos jours, les formes des horloges et l'affichage de l'heure ont changé. On utilise maintenant aussi bien l'affichage analogique (ai- guilles) que digital. Mais l'évolution technique n'a pourtant pas eu pour effet d'augmenter le nombre des horloges publiques. Bien au contraire, aujourd'hui c'est souvent le privé qui nous renseigne sur l'heure en détournant son utilité au profit d'un message publicitaire. L'horloge publique devient le privilège des gares et autres lieux d'échanges où le temps a une emprise prépondérante sur l'activité (16). En tant que décor, elle constitue également un repère affirmant l'identité d'un lieu et le support d'une expression artistique, comme le montre l'exemple de la place de l'Horloge à Nîmes (17) : « À heure régulière au moment où l'activité urbaine est la plus dense, la tour de l'Horloge se pare d'un chromatisme nouveau, passant du cyan au magenta, du jaune au violet, de l'ocre au vert. » Cependant les édifices publics d'aujourd'hui n'intègrent plus vraiment d'horloges du fait probablement que la plupart des individus portent l'heure sur eux, exception faite sur les plages : la quadrihorloge de l'exemple allemand (18) constitue un repère utile pour les baigneurs.

Le besoin de conserver les horloges publiques aujour- d'hui relève donc plus du souci de donner des références visuelles et sonores urbaines pour tous et de constituer un repère patrimonial contribuant à l'animation urbaine. 

V. BELVÉDÈRE, CADRAN SOLAIRE, CALENDRIER, GARE, OBÉLISQUE, REPÈRE.

Source: Arturbain.fr
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