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Alberto Noguerol et Pilar Diez: "Un peu de nous"

Le temps de l’architecture
qui n'a que faire du temps.

Alberto Noguerol et Pilar Diez œuvrent depuis trente ans avec une remarquable constance et une haute exigence artistique. Ils incarnent à mon sens ce qu’il y a de meilleur dans l’architecture espagnole de ces dernières décennies : cette grande tradition moderne née avec l’avènement de la démocratie.
De leurs premières œuvres à Sant Just d’Esvern près de Barcelone aux dernières réalisations en Galice à Santiago, en passant par Séville et les îles Baléares, s’exprime une même et constante inspiration pleine de retenue, de finesse et d’élégante abstraction, où la rigueur soutient une liberté aérienne de composition. S’y manifeste en effet une rare virtuosité dans le maniement des géométries au service d’une sensibilité quasi musicale, tout en lignes et en contrepoint, comme si l’architecture n’avait rien à voir au fond avec les formes elles-mêmes mais se résumait à cette inlassable quête d’une liberté supérieure, celle qui s’efforce d’atteindre à la simplicité.

Indifférents aux sirènes de la globalisation médiatique, aux figures et aux géométries imposées par les modes internationales, c’est toujours avec le même engagement et la même sincérité profonde qu’Alberto Noguerol et Pilar Diez répondent aujourd’hui comme hier aux programmes des plus prestigieux aux plus modestes et domestiques. La démonstration est ainsi faite que l’on peut être constamment soi-même quand tout change autour de nous, et poursuivre trente ans durant une même vérité artistique qui, parce qu’elle n’a que faire du temps, le traverse sans en subir les dommages, moderne aujourd’hui comme hier, moderne toujours. Car le temps est comme le beau, il suffit de le viser pour le manquer toujours.

En témoignent les habitations de Sant Just d’Esvern près de Barcelone dans les années 80 et 81, le centre culturel de Canovelles en 83 ou encore l’hôtel de ville et la bibliothèque de Camas (Séville) en 84, œuvres si libres et si rigoureuses à la fois, qui n’ont pas pris une ride. Ces architectures atteignent ici à cette qualité propre aux arts qui traversent le temps et resteront à l’avenir comme autant de repères de cette grande tradition moderne de l’architecture espagnole, avant qu’elle ne se perde dans la globalisation indifférenciée qui gagne la planète entière.

Et c’est au sein de ce monde d’images inconsistantes, où l’on communique d’autant plus que l’on a moins à dire, où la matière de l’architecture se subtilise en flux médiatiques circulant toujours plus vite ne laissant plus au temps le temps qu’il faut pour l’art, c’est aujourd’hui comme hier que des femmes et des hommes prennent le temps de donner un peu d’eux-mêmes à la terre, pour que le monde s’en souvienne.